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Rue Calderería Nueva: Le Maroc au cœur de Grenade l’andalouse

Par Ahmed Abdelouahab Reddam
Rue Calderería Nueva était autrefois une rue calme comptant quelques petites merceries ©DR
Rue Calderería Nueva était autrefois une rue calme comptant quelques petites merceries ©DR
Calderería Nueva est devenue à partir des années 90 une rue typiquement marocaine au centre historique de Grenade. Ce quartier est désormais un passage incontournable dans une ville où la culture et les traditions arabo-musulmanes sont ancrées depuis des siècles.

A l’instar des quartiers de China Town ou Little Italy à New York ou celui du Marais à Paris, la ville andalouse de Grenade, située au sud de l’Espagne, compte désormais une rue typiquement marocaine en plein cœur de son centre historique.
Il s’agit de la rue Calderería Nueva, ou la nouvelle chaudronnerie, qui a vu, depuis les années 90, des dizaines de Marocains venir s’y installer et ouvrir des locaux commerciaux et des salons de thé ressemblant au détail près à ceux qui existent dans le pays, notamment dans les médinas de Fès, Marrakech ou Rabat. Une ressemblance au niveau du design intérieur, de l’ambiance, les visages, les couleurs, les senteurs, la musique, les marchandises et même les noms des locaux.
Tout en étant l’un des principaux accès menant vers la très fréquentée zone touristique d’Albaycin, Rue Calderería Nueva était autrefois une rue calme comptant quelques petites merceries presque méconnues des visiteurs de la ville de Grenade.
Tout a commencé lorsqu’un ancien étudiant marocain de l’Université de Grenade a décidé de chercher un local pour monter un bazar traditionnel spécialisé dans la commercialisation des produits de l’artisanat marocain.
“Louer l’un de ces locaux était à l’époque accessible à presque tout le monde, pour 250.000 pesetas (à peu près 15.000 euros), on pouvait avoir un magasin dans cette rue”, fait savoir Zouhair, gérant d’un salon de thé, d’un bazar et aussi d’une pâtisserie marocaine.
“Aujourd’hui, même pour 100.000 euros, on ne peut pas louer un local à usage commercial, en raison du fait que tout est occupé”, ajoute-t-il dans une déclaration à “BAB”.
La plupart des vendeurs de cette rue sont des Marocains provenant notamment des régions du Nord et du Rif, indique Nabil, serveur dans un salon de thé marocain, qui tient à faire remarquer que le local où il est employé ne sert pas les boissons alcoolisées, “même si ce service pourrait quadrupler les recettes du café”.
Et d’ajouter: “Nous voulons garder l’empreinte et les spécificités du Maroc dans cette rue’’, assurant que les clients espagnols et les touristes qui fréquentent le salon marocain respectent ce choix et désirent très souvent boire un thé à la menthe.
“Les vendeurs marocains du centre historique de Grenade jouissent d’un immense respect auprès des habitants et les visiteurs de la ville”, se réjouit Abdellah, un jeune Tétouanais qui vend des bijoux dans le Mercado de Artesanía (marché d’artisanat), un autre centre commercial majoritairement animé par des commerçants marocains.

Une communauté marocaine jeune et active
La majorité des vendeurs marocains à Grenade sont des anciens étudiants des universités de cette ville, parlent parfaitement la langue espagnole et sont pleinement intégrés dans la société locale, assure Abdellah, qui dit avoir souvent l’impression d’être toujours au Maroc grâce au grand nombre de ses compatriotes résidant à Grenade et à la proximité géographique et culturelle entre le Maroc et cette ville andalouse, jadis capitale du dernier bastion islamique dans la péninsule ibérique.
Selon cet ancien étudiant en médecine, “le seul bémol est que nous ne pouvons pas fermer nos locaux pendant le mois sacré de Ramadan pour rompre le jeûne en famille”, précisant que cette rue est la seule de toute la ville de Grenade où aucun horaire n’est imposé par les autorités locales.
“Notre journée se termine quand les clients se font très rares”, lâche-t-il avec amusement. Plusieurs initiatives ont été lancées par cette jeune et active communauté marocaine dans la perspective de s’organiser dans le cadre d’une association avec pour mission le développement des activités de cette rue singulière.
“Nous envisageons de créer un site web consacré aux activités commerciales de la rue Calederería Nueva, ainsi que l’organisation d’un festival annuel célébrant la culture et les traditions séculaires marocaines, outre l’édition d’un guide de tous les établissements commerciaux Halal basés à Grenade”, affirme Zouhair, déplorant, cependant, que toutes ces initiatives restent encore des vœux pieux à cause de certaines divergences internes et de l’insuffisance de moyens financiers. Cela dit, cette rue est désormais un passage incontournable de tous les visiteurs de la ville de Grenade désireux de visiter le quartier historique d’Albaycin, le fameux belvédère de Saint Nicolas ou encore la grande mosquée qui a été inaugurée en 2003, ce qui fait de Calderería Nueva une artère commerciale majeure et un véritable centre culturel marocain improvisé en plein air dans une ville où la culture et les traditions arabo-musulmanes sont très ancrées et perdurent depuis plus de cinq siècles.

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