Soft Power marocain: Une réalité tangible

Par Houcine Maimouni
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, posant, le 15 novembre 2016, à Marrakech, pour une photo de famille avec les chefs d’État, de gouvernement et de délégation participant au Sommet de la COP22 ©MAP
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, posant, le 15 novembre 2016, à Marrakech, pour une photo de famille avec les chefs d’État, de gouvernement et de délégation participant au Sommet de la COP22 ©MAP
La ferveur du Royaume à défendre ses droits légitimes dans les forums internationaux n'a d'égal que son attachement aux principes de modération, de justice et de coopération. Constante, proactive et combinant le politique, l'économique et l'humain, la machine diplomatique marocaine est l'un des éléments qui constituent la force de frappe du Royaume.

Jalousement attachée aux principes fondateurs ayant structuré sa relation avec le monde, la diplomatie marocaine a opéré en l’espace de deux décennies une profonde mutation articulée autour de la constance dans les positions, la modération dans la démarche et la lucidité dans l’approche.
A coups de fécondes réformes administrées à doses homéopathiques, une refonte en douce de l’action diplomatique s’est installée au gré d’un échafaudage clairement conçu et patiemment bâti autour des priorités et des intérêts vitaux du Royaume et de sa place dans le concert des nations.
D’ailleurs, ces principes ont été solennellement magnifiés dans le préambule de la Constitution de 2011: “État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen".
“La diplomatie marocaine restera fidèle aux principes fondamentaux séculaires structurant l'interaction du Royaume avec le monde extérieur, en l'occurrence la confiance en soi, le respect de la légalité internationale, l'attachement à tout ce qui est de nature à conforter la paix et la sécurité internationales, l'engagement en faveur des causes justes et la volonté de raffermir les liens de coopération internationale dans tous les domaines”, a souligné Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans le Discours du Trône de 2012.
Ce sont-là les lignes directrices d’une stratégie diplomatique magistralement élaborée avec en ligne de mire un statut qui soit à la hauteur du rayonnement international du Royaume, de sa position géopolitique à la croisée des chemins entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe et de son histoire multiséculaire, en tant que creuset d’échanges et contacts.

Le Grand Maghreb, un choix diplomatique irréversible

A commencer par son entourage immédiat, le Grand Maghreb, le Maroc est resté fidèle, malgré l'immobilisme, à sa vision d’une Union maghrébine forte pour lui imprimer une dynamique porteuse d'un développement durable et intégré.
Au plus haut des soubresauts du soi-disant “Printemps arabe”, le Maroc a diplomatiquement décliné l’offre du CCG de rejoindre cette organisation, en considérant cette adhésion comme incompatible avec le projet de l’UMA, né à Marrakech en 1989.
Si les frontières avec le voisin de l’Est sont restées fermées, malgré les appels pressants du Maroc à leur réouverture, le Royaume a continué inlassablement ses efforts pour réunir à Skhirate les belligérants en Libye, tout en restant ouvert sur le monde arabo-musulman, une sphère d’appartenance collective où il n’a cessé de jouer un rôle de premier plan.
Alors que certains pays du CCG étaient à couteaux tirés avec le Qatar, le Maroc a opté pour la sagesse et la retenue, privilégiant plutôt le dialogue et la concertation.
Pays respecté et écouté de par le monde, le Maroc a constamment privilégié le dialogue et la négociation dans le conflit arabo-israélien, encouragé la réconciliation inter-palestinienne et plaidé en faveur du maintien du statut spécifique d’Al Qods Acharif.
Pays fondateur de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) en 1969, le Royaume est à l’origine de la création du comité Al Qods, en 1975, ainsi que de l’agence Bayt Mal Al Qods en 1979.
S’il est vrai qu’on ne soulignera jamais assez l’apport de ces deux dernières institutions à la Ville Sainte, il importe de rappeler, suite à la décision du président américain Donald Trump d’y transférer l’ambassade de son pays, la position ferme de Sa Majesté le Roi, Président du Comité Al Qods.
Un communiqué du Cabinet royal (décembre 2017) indique que le Souverain a exprimé la “réprobation vigoureuse de toute action de nature à compromettre le caractère multiconfessionnel de la Ville Sainte, ou altérer son statut juridique et politique”.

Alliés préservés, partenaires diversifiés

Cette présence du Royaume sur la scène régionale s’est naturellement consolidée par une ouverture accrue sur ses partenaires traditionnels, en l’occurrence l’Espagne et la France, et l’Union européenne par ricochet.
Hormis le malheureux incident de "l’îlot Leila" en 2003, les relations entre Rabat et Madrid ont redoublé d’intensité et d’échange, tant et si bien que l’Espagne est devenue le premier partenaire commercial du Maroc.
Alors que les relations avec la France ont poursuivi leur trend haussier avec des échanges constamment au beau fixe, le Maroc s’est vu reconnaître en 2008 un “Statut avancé” avec l’UE, prélude d’un approfondissement des relations politiques, une intégration au marché intérieur par un rapprochement réglementaire, une coopération sectorielle et une dimension humaine.
Dans la même foulée, le Royaume a signé, en 2004, un accord de libre-échange (ALE) avec les États-Unis, au lendemain de l’obtention du statut d’allié privilégié non OTAN, un statut qui offre au Maroc la possibilité de devenir une plate-forme pour les investissements américains vers l’Europe et le monde arabe.

SM le Roi et le président français, Emmanuel Macron, le 14 juin 2017 à Rabat ©MAP
SM le Roi et le président français, Emmanuel Macron, le 14 juin 2017 à Rabat ©MAP


Soucieux de multiplier ses partenariats, le Maroc a également opéré une ouverture sur la Russie avec à la clé la visite de Sa Majesté le Roi à Moscou (mars 2016), à la tête d’une importante délégation.
Cette visite, qui "s’inscrit dans le cadre du renforcement du partenariat stratégique liant le Royaume du Maroc et la Fédération de Russie", a été couronnée par la signature de plusieurs accords de coopération bilatérale.
C’est dans cette même vision qu’il importe de placer la visite effectuée par le Souverain à Pékin (mai 2016), et qui a été marquée par la signature d'une déclaration conjointe sur l'établissement d'un partenariat stratégique, témoignant par la même de la volonté des deux pays d’insuffler un nouvel élan à leurs relations bilatérales.
Naturellement, cette capacité de projection dans l’avenir n’aurait-été possible sans un appui de taille: L’enracinement géographique, historique, humain, culturel et cultuel du Maroc dans son continent africain, son destin et son lieu d’électionau monde.

SM le Roi et le président chinois Xi Jinping, le 11 mai 2016 à Péki ©MAP
SM le Roi et le président chinois Xi Jinping, le 11 mai 2016 à Péki ©MAP


“Le Maroc est un arbre dont les racines sont ancrées en Afrique mais qui respire par ses feuilles en Europe”, disait feu SM Hassan II en 1986. Si le Maroc n’a jamais rompu les liens avec ses racines, à la faveur d’accords bilatéraux notamment, cette saisissante allégorie allait prendre toute sa splendeur au fil des deux dernières décennies, depuis l’accession de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Trône de Ses glorieux
ancêtres.
Pays à l’avant-garde du soutien des mouvements de libération nationale en Afrique (ANC, Mozambique, Cap Vert, Angola,…), le Maroc, fidèle à son ancrage africain, a décidé dès 2000 lors du Premier Sommet Afrique-Europe au Caire d’annuler la dette des pays les moins avancés envers le Maroc.

Afrique: Un retour en force souverainement orchestré

Ce fut le déclic d’une dynamique vertueuse ayant marqué le retour en force du Maroc dans son giron continental, avec un investissement économique certes, mais surtout diplomatique en termes de recherche de solutions des conflits, de lutte contre le terrorisme, de formation, de régularisation des sans-papiers, et la liste s’allonge.
Articulés autour d’une stratégie diplomatique privilégiant la coopération Sud-Sud et la démarche gagnant-gagnant, ces secteurs d’intervention ont démontré leur efficacité et leur maturité aux plans bilatéral et multilatéral. Résultat: Le Maroc est le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le deuxième investisseur africain dans toute l’Afrique. Les exportations du Maroc vers le continent ont progressé de 13% en moyenne annuelle pour atteindre 2,1 milliards d’euros. Adossée à des visites royales au cours desquelles le Souverain dirigeait d’importantes délégations commerciales et économiques (plus de 46 visites dans 25 pays africains et près d’un millier d’accords conclus), rien d’étonnant à ce que cette stratégie porte ses fruits. Le Royaume, offensif sans être agressif dans sa démarche diplomatique, n’a fait que reprendre (et royalement !) son siège à l’Union africaine (janvier 2017).

Le Maroc à l'UA, les séparatistes à l'agonie

Quid des polisariens et de leurs mentors ? Au risque de s’en offusquer, la diplomatie marocaine ne souffre point d’inconstance. Fidèle à ses principes, elle est et reste la même partout, y compris en Amérique Latine, jadis bastion gardé des séparatistes, désormais théâtre du retrait en cascade de la reconnaissance de la fantomatique “Rasd”, particulièrement dans le sillage de la tournée royale en 2004 dans cinq pays de la région (Mexique, Brésil, Chili, Pérou et  Argentine).
Pour y parvenir, le Maroc compte sur la justesse de sa cause, le dynamisme de ses femmes et de ses hommes, et la lucidité de son approche en termes d’intégration des forums interrégionaux et internationaux, comme c'est le cas en Asie en Asie-pacifique, en privilégiant toujours la démarche win-win.
Autant dire que le Royaume, pour se donner les moyens de ses ambitions, a opéré un considérable maillage de sa présence à l’international, comme en témoigne le nombre de consulats et d’ambassades ouverts de par le monde, doublé d’un dynamisme avéré au niveau des relations bilatérales et d’une présence accrue dans les forums et organisations internationaux.
A ce beau tableau, il importe d’ajouter que le Maroc s’est doté, en 2011, d’une Académie marocaine des études diplomatiques, une Direction relevant du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, sensée porter encore plus haut, encore plus loin l’image du Maroc.

Sa Majesté le Roi posant pour une photo de famille avec les chefs d'Etat, de gouvernement et de délégation africains participant au “Sommet africain de l'action”, organisé en marge de la COP22 ©MAP
Sa Majesté le Roi posant pour une photo de famille avec les chefs d'Etat, de gouvernement et de délégation africains participant au “Sommet africain de l'action”, organisé en marge de la COP22 ©MAP

 

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