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SOS: Bangkok étouffe !

Par Driss Hidass
à Bangkok, la situation devenant intenable, l’urgence climatique est décrétée et des scénarios catastrophes sont envisagés ©MAP/EPA
à Bangkok, la situation devenant intenable, l’urgence climatique est décrétée et des scénarios catastrophes sont envisagés ©MAP/EPA
L’air est devenu irrespirable à Bangkok, ville la plus polluée du monde. à cause de la surpopulation et d’un trafic routier très dense, la capitale thaïlandaise respire, à longueur d’année, sous un épais nuage de particules fines.

Plongée dans un nuage jaunâtre toxique, la capitale Thaïlandaise Bangkok s’est hissée récemment en tête des villes les plus polluées au monde avec des concentrations de particules fines dans l’air (PM2,5) qui ont atteint des records inédits. Les autorités, qui ont convoqué une réunion d’urgence, semblent toutefois désarmées face à ce phénomène qui prend de l’ampleur chaque année.
Selon l’observatoire international de la qualité de l’air “AirVisual”, la qualité de l’air s’est de nouveau fortement dégradée sur Bangkok et les banlieues environnantes, atteignant par endroits des niveaux supérieurs à 200 microgrammes au mètre-cube, alors que le seuil de tolérance de l’OMS est fixé à 25µg/m3.
Selon le classement d’AirVisual, Bangkok figure désormais en première position des villes les plus polluées au monde, bien devant la capitale vietnamienne Hanoï et la ville chinoise de Chengdu, le trio de podium de ce triste palmarès.
Des niveaux records de densité de particules PM25, jusqu’à 233 µg/m3, ont été enregistrés dans certaines zones de la métropole qui compte plus de 10 millions d’habitants.
La métropole est ainsi enveloppée dans un nuage jaunâtre toxique de particules fines, un problème qui avait déjà fait les gros titres de la presse durant la précédente saison sèche et suscité plusieurs mesures comme la fermeture des écoles, le port des masques anti-pollution et le confinement des personnes vulnérables.

L'état d’urgence climatique décrété à Bangkok !

Le Chef du gouvernement a convoqué mardi une réunion d’urgence et le premier ministre Prayut Chan-O-Cha a ordonné des contrôles rigoureux sur les routes pour retirer de la circulation les vieux véhicules à diesel. Les émissions liées aux transports constituent le principal facteur de pollution dans la capitale thaïlandaise où circulent chaque jour plus de 10 millions de véhicules.
“La circulation automobile et les transports sont parmi les plus grandes sources de pollution à Bangkok. Beaucoup de vieux véhicules restent en circulation et les taxes dissuasives sont trop faibles pour faire la différence”, indique un récent rapport des Nations Unies pour l’environnement.
Les industries utilisant le charbon comme source énergétique, l’incinération des résidus agricoles dans les champs et les feux de forêt volontaires sont également des sources importantes de la pollution atmosphérique, notamment au sud et au nord du pays, dont la ville de Chiang Mai qui a trôné la saison dernière en tête des villes les plus polluées au monde.
Par ailleurs, les réglementations existantes ne sont pas respectées et la répression contre les violations reste faible et occasionnelle.
Jusqu’à présent, l’action des pouvoirs publics à Bangkok s’est limitée à déployer des camions-citernes sur les grandes artères pour pulvériser de l’eau comprimée dans l’air, une mesure dont l’efficacité reste à prouver. Des experts mettent aussi en doute l’efficacité du port des masques anti-pollution qui ne protègent point contre les microparticules dans l’air.

La mégapole, comme d’autres grandes villes de la région d’Asie du Sud-Est, serait ainsi la victime de son propre succès.

Le déménagement comme “Plan B”

Le 18 septembre, le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-cha, a évoqué la possibilité de déménager le lieu de la capitale thaïlandaise pour décongestionner la ville aux problèmes urbanistiques insolubles. Concrètement, cela signifie le déplacement des institutions politiques et autres grands établissements dans une nouvelle ville, souvent construite pour l'occasion.
Le chef du gouvernement a exprimé deux hypothèses. La première est de trouver un emplacement qui ne soit ni trop loin ni trop coûteux, alors que la seconde consiste à déménager dans la banlieue de Bangkok pour réduire la congestion et le surpeuplement.
Depuis un demi-siècle, le Nigéria, la Côte d'Ivoire, la Birmanie, le Brésil et le Kazakhstan, entre autres, ont déjà fait ce choix pour des raisons politiques ou économiques.

Des camions-citernes déployés par les autorités pour pulvériser de l’eau comprimée dans l’air ©MAP/EPA
Des camions-citernes déployés par les autorités pour pulvériser de l’eau comprimée dans l’air ©MAP/EPA


Le déménagement du gouvernement et des institutions publiques permettrait de désengorger le centre-ville et donc de faciliter la circulation urbaine devenue intenable et paralysante. Mais le projet n’est encore qu’hypothétique et nécessiterait des études approfondies pour anticiper l’impact social et économique d’une telle décision.
En attendant, la métropole fait face à l’un de ses pires défis et la perspective d’aggravation de la pollution de l’air avec l’avènement de la saison sèche laisse dans une expectative angoissante.

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