Tout savoir sur les caïds 2020

Par Mohamed Aswab
Cérémonie de sortie de la 53ème promotion des agents d'autorité à l'Institut Royal de l'Administration Territoriale de Kénitra (juillet 2018) ©MAP
Cérémonie de sortie de la 53ème promotion des agents d'autorité à l'Institut Royal de l'Administration Territoriale de Kénitra (juillet 2018) ©MAP
Ils sont connus de tous, mais les Marocains les ont mieux découverts dans ce contexte de mobilisation contre Covid-19. Portant inhabituellement l'uniforme militaire, les caïds sont en première ligne du combat contre cet ennemi invisible. Sélectionnés parmi des milliers de candidats au prestigieux Institut Royal de l’Administration Territoriale, bénéficiant d’une formation multidisciplinaire et nommés par Sa Majesté le Roi, les caïds ont un statut assez particulier. Les lignes qui suivent, c’est pour mieux les connaître.

Nous sommes un vendredi matin au siège de la 3ème annexe administrative de “L’Océan”, un quartier situé au centre de la capitale Rabat.

En rencontrant le caïd de cette annexe, Mehdi Ben Chekroun, à peine la trentaine, l’on est tenté par la comparaison entre le caïd d’hier et d’aujourd’hui. Le sourire juvénile caché derrière un masque (par mesure de prévention contre la propagation du coronavirus) et la sonnerie plutôt décontractée de son smartphone plante le décor. L'évolution incontestable qu’a connue le corps de métier au fil des années est incarnée. Dans un entretien accordé à BAB (voir pages ci-après), “Si Mehdi” ne jure que par le “nouveau concept de l’autorité” voulu et porté par Sa Majesté le Roi et par sa mission sacrée: “être au service des citoyens”.

Des hommes et femmes “à tout faire”

Pour commencer, il faut faire la distinction entre quatre types d’agents d’autorité: les gouverneurs, les pachas et les caïds (dont la nomination et la révocation sont prononcés par Dahir) et les khalifas de caïds nommés et révoqués par arrêté du ministre de l’Intérieur. L’adjectif “principal” qui s’ajoute aux trois premières fonctions après une certaine expérience traduit une promotion professionnelle, mais pas plus de missions.

Une équipe de BAB a accompagné le jeune Mehdi Ben Chekroun durant une journée, le temps d’essayer de cerner sa fonction.

Dans un contexte national de lutte contre le coronavirus, “Si Mehdi” commence sa journée, tôt le matin, par les incontournables des missions du caïd (elles sont nombreuses et seront détaillées dans les portraits qui suivent), la termine par passer des coups de fil pour s’enquérir de l’état de santé des personnes atteintes de Covid-19 relevant du territoire sous son administration ! Il affirme que c’est l’une de ses responsabilités. Le reste de la journée, il fait tout !

Depuis qu’il a été nommé à cette haute responsabilité il y a deux ans, les jours de notre caïd se suivent mais ne se ressemblent jamais et les situations à gérer sont imprévisibles. Aidé par ses collaborateurs, dont des auxiliaires de l’autorité, Mokadems et Chioukhs (une vingtaine au total dans le cas de Mehdi Benchekroun), le caïd se voit confier des missions assez larges censées lui permettre de prendre soin au mieux des humains et de l’environnement de son action. 

Le caïd est doté d’une autorité d’intervention générale. Il intervient pratiquement dans tous les domaines. Ses champs d’action englobent les domaines politique, social, économique, culturel et écologique”, explique Said Jafri, professeur des sciences politiques à l’université Hassan Ier de Settat et auteur du livre “L’agent d’autorité” paru en 2014, dans une interview à BAB magazine.

En effet, le texte juridique le plus récent régissant la fonction de caïd est le Dahir n° 1-08-67 du 27 rejeb 1429 (31 juillet 2008) relatif au Corps des agents d'autorité (B.O n° 5680 du 6 novembre 2008), mais ils demeurent également régis par des dispositions du Dahir n° 1-63-038 du 5 chaoual 1382 (1er mars 1963) portant statut particulier des administrateurs du ministère de l'Intérieur (ancienne appellation des agents d’autorité).

Un coordonnateur incontournable

Les caïds sont des représentants du ministère de l’Intérieur dotés de prérogatives liées au maintien de l’ordre et de la sécurité publics. Font partie de cette mission: l’autorité de l’intervention générale (d’où l’appellation ‘agents d’autorité’ et la prérogative de tout faire), la coordination entre les services extérieurs de l’Etat au sein de la circonscription territoriale dont il a la charge, l’autorité de l’exercice de certaines prérogatives de la police judiciaire et la représentation de l’autorité centrale auprès des collectivités territoriales”, souligne M. Jafri, en guise de résumé des missions prévues par la loi.

Chaque année, près de 20.000 candidats déposent leurs dossiers dans le souhait d’être admis à l’Institut Royal de l’Administration Territoriale de Kénitra. En vertu de l’Arrêté du ministre de l’Intérieur n°1338-18 du 8 chaabane 1439 (25 avril 2018) fixant le règlement du concours d’accès au cycle normal de l’Institut, ledit concours se déroule en deux étapes: une étape d’admissibilité destinée à évaluer le niveau de connaissances académiques et de culture générale et une étape d’admission pour évaluer les aptitudes personnelles des candidats et candidates, leur comportement et leur motivation pour exercer la fonction d’agent d’autorité, notamment un test psychotechnique/assessment.

A l’IRAT, la formation englobe, d’une part, un volet administratif qui porte sur les aspects techniques du management territorial (droit, économie...) en plus des volets transversaux (langues, communication, développement personnel...) et, d’autre part, des cours d’instruction militaire censés cultiver chez l’agent le sens de la discipline, de l’abnégation, de la patience et de la persévérance.

Les caïds, des agents au-dessus de la loi ?

Les agents d’autorité sont régis par le texte de 2008 et surtout par le nouveau concept de l’autorité. Tout dépassement de leur part est sanctionné. Les mécanismes de contrôle de l’action des caïds fonctionnent en permanence, preuve en est le nombre d’agents sanctionnés. L’image du caïd qu’on a héritée du passé n’a plus lieu d’être. L’évolution est bien réelle et les dépassements constituent désormais l’exception”, affirme Pr. Said Jafri qui, dans sa carrière administrative puis académique, a côtoyé et connu de près plusieurs agents d’autorité. Seul bémol, toujours selon lui, la méconnaissance de certaines dispositions juridiques.

Les champs d’intervention du caïd sont assez divers et larges, à commencer par les textes sur les collectivités territoriales et à finir par la loi sur l’eau, en passant par le code de la procédure pénale et j’en passe. Le caïd est protégé par la loi du moment qu’il agisse en fonction de la loi. Les dépassements des agents d’autorité résultent le plus souvent de l’ignorance de certaines dispositions juridiques”, souligne-t-il. Et de préciser: “le ministère de l'Intérieur met à la disposition des caïds les guides juridiques nécessaires et, à l’ère du numérique, tout est disponible à bout de quelques clics. Il suffit pour le caïd de trouver le temps pour consulter les textes et règlements, sans oublier la possibilité de demander l’avis de ses supérieurs. C’est la meilleure protection qu’il puisse s’offrir contre l’excès”.

Mehdi Ben Chekroun, caïd chef de la 3ème annexe administrative L'Océan, mobilisé pour faire respecter les mesures de l'état d'urgence sanitaire ©MAP
Mehdi Ben Chekroun, caïd chef de la 3ème annexe administrative L'Océan, mobilisé pour faire respecter les mesures de l'état d'urgence sanitaire ©MAP

Moyens de travail: les caïds sont-ils suffisamment outillés ?

A la lumière des missions assez larges confiées à l’agent d’autorité, peut-on dire qu’il est suffisamment outillé en moyens humains, matériels et logistiques ?

L’on peut dire que les moyens mis à la disposition des caïds ne sont toujours pas suffisants. Dans certaines régions, des caïds ont moins de trois fonctionnaires à leur disposition. C’est un problème réel. Cependant, pour un caïd, cela ne doit en aucun cas justifier le non-accomplissement des missions ni l’abus”, souligne, pour sa part, Pr. Jafri. En parlant des moyens d'action mis à la disposition des caïds, Pr. Jafri évoque les Chioukhs et Mqadmins, qui se comptent par milliers, et dont la situation demeure précaire comparativement aux Khlifas des caïds dont la situation s'est beaucoup améliorée depuis qu'ils ont été reconnus comme agents d'autorité par le dahir de 2008. Selon lui, “prendre soin de cette catégorie serait un grand service rendu aux caïds”. 

Étiquettes