Transition énergétique : Le Maroc peut mieux faire

Par Noureddine Hassani
Le Maroc semble être sur la bonne voie ©MAP
Le Maroc semble être sur la bonne voie ©MAP
En dépit d’un léger retard sur la réalisation de sa politique d’énergies propres, le Maroc semble être sur la bonne voie. Mais au vu de l’évolution technologique, le Royaume est appelé à être encore plus ambitieux dans sa politique de transition énergétique.

Le Maroc a adopté en 2009, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, une stratégie énergétique basée essentiellement sur les énergies renouvelables (EnR), le développement de l’efficacité énergétique et le renforcement de l’intégration régionale.

Les énergies renouvelables sont une composante majeure de la stratégie énergétique du Maroc qui dispose d’un potentiel important de ces énergies dont l’exploitation permettra de couvrir une part de ses besoins croissants en se substituant aux énergies fossiles. La stratégie du Maroc ambitionne ainsi de porter la part des énergies renouvelables dans la puissance électrique installée à 42% en 2020 et à plus de 52% en 2030. Un peu plus de dix ans après le lancement de cette stratégie, des investissements colossaux ont été faits, mais certains retards ont été constatés, comme l’a relevé SM le Roi lors d’une réunion de suivi des grands chantiers et projets stratégiques tenue fin octobre dernier, au cours de laquelle le Souverain a attiré l’attention sur “la nécessité de faire aboutir ce chantier stratégique dans les délais impartis et suivant les meilleures conditions, en agissant avec toute la rigueur requise”.

Stratégie de 2009, les acquis et les défis

Durant la décennie écoulée, le Maroc a investi environ 103 milliards de DH dans les énergies renouvelables, dont 50 milliards déjà en exploitation et 53 milliards en cours de développement ou de réalisation, selon le Département de l’Energie et des Mines.

En 2019, une capacité de 3700 MW d’énergies renouvelables était en exploitation, portant à 34% leur part dans la puissance électrique installée qui totalisait 10.675 MW.

La capacité totale installée à partir de sources renouvelables est répartie entre 1220 mégawatts à partir de source éolienne, 710 MW de source solaire et 1770 MW de source hydroélectrique, précise le ministère notant que les projets d’énergies renouvelables permettent de satisfaire 20% de la demande électrique et la dépendance énergétique a été réduite de 97,5% en 2009 à 90,51% aujourd’hui. 

Toutefois, le taux de pénétration de 34% d’EnR atteint en 2019 augure d’un retard dans la réalisation de l’objectif de 42% en 2020.

C’est ce que relève aussi le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui, dans un avis rendu public en juillet dernier, indique que “malgré ces avancées enregistrées, l’implémentation de la stratégie de 2009 a connu des insuffisances et a atteint ses limites”.

Du côté du ministère de l’Energie et des mines, on affirme que “dans le contexte actuel marqué par une crise sanitaire et économique, le Maroc fournit d’amples efforts pour garder la cadence dans le domaine des énergies renouvelables, surtout après plusieurs années d’efforts et d’investissements”.

Des investissements colossaux ont été réalisés dans le secteur de l’Energie “en vue de porter à 42 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national à l’horizon 2021”, assure-t-on à BAB.

De même source, on souligne qu’“une capacité de 4450 MW est programmée d’être développée à l’horizon 2023 dont presque 99,5% d’origine renouvelable”.

A cela s’ajoute le lancement d’appels à manifestation d’intérêts pour le développement de projets d'énergie photovoltaïque d'une capacité totale de 400 mégawatts, dans le cadre de la loi n° 13.09, ciblant les petites et moyennes entreprises nationales, sous forme de projets d'une capacité allant de 5 MW à 20 MW. 

Cette dynamique de développement des énergies renouvelables, si elle se concrétise, permettrait de rattraper largement le retard accusé à court terme et garderait intactes les chances de réalisation des objectifs escomptés pour 2030 et 2050.

C’est ce que confirme une modélisation du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui, dans un avis rendu public en juillet dernier, prédit que le Maroc dépasserait l’objectif de 52% de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique en puissance installée fixé à l’horizon 2030 et atteindrait un taux de 78% à l’horizon 2050, même si les options stratégiques et les composantes de gouvernance, de l’offre et de la demande en énergie actuelles étaient maintenues, un scénario dit "business as usual". Ainsi, à cette dernière échéance, la majorité de l’énergie consommée sur le territoire national serait produite localement et d’origine renouvelable.

 

Pour une stratégie énergétique renouvelée

 

Le Maroc dispose d’un potentiel en énergies éolienne et solaire exceptionnel. Il est estimé à environ 500 TWh/an2 réparti entre l’éolien onshore (350 TWh) avec un taux de charge moyen de 5.000 heures et le solaire photovoltaïque PV (150 TWh) avec un taux de charge conservateur minimal de 2.500 heures. Un même potentiel au moins équivalent est disponible autour de l’éolien offshore. De ce fait, l’exploitation de notre potentiel, projetterait notre pays parmi les grands pays producteurs énergétiques, devant le Venezuela et juste derrière le Nigéria, avec une production équivalente à 86 MTep annuel, soit environ 1,65 millions de barils par jour, estime le CESE, dans son avis intitulé “Accélérer la transition énergétique pour installer le Maroc dans la croissance verte”.

Dans cet avis, le CESE a examiné 3 scenarii aux horizons 2030, 2040 et 2050 et exploré les options stratégiques à adopter dès aujourd’hui. Ainsi la dépendance énergétique et la dépendance spécifique aux produits pétroliers pourraient baisser jusqu’à 17% en 2050, alors que la part du renouvelable pourrait atteindre 96% de la puissance installée du mix électrique au même horizon.

La facture énergétique pourrait se réduire de 12% alors que l’énergie consommée serait multipliée par 3, tandis que la balance des paiements serait allégée de 74 milliards de dirhams en 2050.

De même, l’introduction des énergies renouvelables réduirait fortement les émissions de gaz à effet de serre de 30% et les rejets de particules d’environ 50%, améliorant ainsi la santé de la population et renforçant l’atténuation face aux changements climatiques.

Le Conseil plaide ainsi en faveur de la mise en place d’une nouvelle stratégie énergétique “avec des options claires, une gouvernance adaptée et un positionnement international renouvelé”.

Une telle stratégie devrait considérer la transformation énergétique dans son ensemble au-delà de l’électricité et au-delà des usages classiques. Elle devrait aussi intégrer notamment la mobilité, l’eau, l’hydrogène, les industries énergivores et les molécules vertes, ajoute le CESE qui formule une série de recommandations sectorielles. Dans la même logique prospective, M. Badr Ikken, Directeur général de l’Institut de recherche en Energie solaire et Energies nouvelles (IRESEN), recommande de consolider plus fortement l’intégration des EnR sur des marchés et réseaux autres que ceux de la très haute tension et la haute tension (moyenne et basse tension), d’encourager le décarbonation d’autres secteurs, notamment industriels, au vu des grandes opportunités que leur ouvre l’économie verte en raison de la baisse des coûts des EnR. Dans le photovoltaïque, à titre d’exemple, on est passé de plus de 3,5 DH/kwh, il y a 10 ans, à 0,35 DH/kwh. C’est impressionnant ! car ce prix est beaucoup moins cher que les énergies fossiles, explique-t-il dans un entretien accordé à BAB, notant que le pari sur les EnR permettra à notre industrie une meilleure compétitivité énergétique, mais aussi de se positionner sur des produits qui sont à basse empreinte carbone. Une aubaine si l’on considère l’introduction prochaine d’une taxe carbone sur le marché européen. M. Ikken évoque aussi l’intérêt de l’accélération  de la mobilité durable, notamment électrique, qui va permettre un réel changement porteur de grandes opportunités de création d’emplois, notamment en lien avec la stratégie de recharge. Notre interlocuteur plaide également pour une approche bottom-up qui passe par un accompagnement et une implication plus forts des régions, pour s’assurer d’une mise en œuvre adaptée aux particularités de la région et être plus proche de la société civile et du citoyen afin d’obtenir une meilleure adhésion.

 

Positionnement sur les énergies du futur

 

L’intérêt pour le développement des énergies renouvelables se traduit aussi par leur rôle facteur de production de l’hydrogène vert, une énergie révolutionnaire à plus d’un égard et sur laquelle le Maroc veut se positionner.

Selon le département de l’Energie et des mines, le Maroc est largement qualifié pour devenir un acteur clé dans le développement de l'hydrogène vert, en raison de sa situation géographique, de ses interconnexions énergétiques et ses ressources exceptionnelles d'EnR. Les résultats des études préliminaires réalisées ont confirmé que le Royaume dispose d'un potentiel important pour le développement de cette filière et en particulier son modèle énergétique basé sur les énergies renouvelables, ses capacités industrielles et scientifiques pour développer ces technologies, ainsi que sa position géographique optimale, et des ressources exceptionnelles en énergies renouvelables qui lui permettent de devenir un acteur clé dans le développement de la filière “Hydrogène vert”, explique-t-on.

Pour ce faire, une Commission Nationale Hydrogène Vert, réunissant les acteurs publics et privés, a été mise en place et une étude pour élaborer une Feuille de Route dédiée a été lancée. Les travaux sont en cours pour la réalisation d'un projet  pilote de production d'ammoniac vert, par redéploiement des énergies renouvelables.