Trisomique, Yasmine décroche son master

Par Amine Harmach
Yasmine Berraoui  ©DR
Yasmine Berraoui ©DR
Atteinte de trisomie 21, Yasmine Berraoui vient d’avoir son master. Un nouvel exploit dans le parcours de cette jeune pour qui chaque victoire est un grand pas, un vrai bonheur pour ses parents qui ont su la supporter et lui prodiguer tout l’amour dont elle a besoin.

“Tout être humain a ses spécificités. J’ai la mienne”, c’est ainsi que Yasmine Berraoui se voit, elle qui a un chromosome en plus qui fait sa différence. Atteinte de trisomie 21, Yasmine Berraoui avait fait le buzz en 2014 après avoir décroché son bac S avec mention. A l’époque, à l’occasion de la fête du Trône, le Souverain avait décoré du Wissam Al Istihkak Al Wathani de première classe, Yasmina Berraoui. 

Cette année, elle vient d’avoir son master, délivré par l’école de gouvernance et d'économie, relevant de l’université polytechnique Mohammed VI. 

Un nouvel exploit dans le parcours de cette jeune femme pour qui chaque victoire est un grand pas, un vrai bonheur pour ses parents qui ont toujours su la supporter et lui prodiguer tout l’amour et l’accompagnement dont elle a besoin. 

“Cette année a été difficile, mais grâce à Dieu et à force de persévérance et de sérieux, j’ai pu décrocher mon master”, a-t-elle déclaré à BAB. 

“Rien n’est impossible quand on se fixe un objectif et qu’on œuvre dur pour l’atteindre”, affirme cette jeune femme forte de caractère, joyeuse, curieuse d’apprendre et douée d’une volonté de fer. 

Autant de qualités qui lui seront forcément nécessaires, elle qui se projette déjà dans le monde de l'entrepreneuriat et souhaite un jour lancer sa propre affaire. Et ses parents ne doutent pas de ses capacités pour relever ce nouveau défi. 

“Elle s’en sortira professionnellement”, dit serein Jamal Berraoui, son père, journaliste et chroniqueur connu de la place.

 

Une histoire de suivi parental 

 

Il confie tout de même que c’est grâce aux énormes sacrifices de Mina Moumile, la maman de Yasmine, particulièrement durant les premières années, essentielles dans la vie de tout enfant, que cette dernière a pu apprendre à devenir autonome.

En effet, les parents de Yasmine ont mis un point d’honneur à l’intégrer le plus tôt possible dans un milieu ordinaire en commençant par la crèche dès son plus jeune âge, suivi de la maternelle, le primaire, puis le collège, ce qui lui a bien réussi, jusqu’à l’enseignement supérieur. 

“Isolés, ces enfants ne se développent pas”, explique M. Berraoui, cet ancien marxiste, prônant une école inclusive et garantissant l’égalité des chances pour tous les enfants quels qu’ils soient. 

“Malheureusement, il n’ y a pas une vraie politique dédiée aux personnes à besoins spécifiques”, souligne M. Berraoui expliquant que “même à travers le monde, peu de pays ont développé une approche adéquate pour répondre aux besoins des enfants “estampillés handicapés”.

“Seuls deux pays, l'Espagne et I’Italie, peuvent se prévaloir d’avoir une politique plus ou moins réussie, le premier en accordant un soutien financier aux parents, le deuxième en garantissant une école inclusive pour tous qui se charge de l’enfant qu’importe son handicap”, soutient M. Berraoui qui a fait le tour des expériences internationales dans le domaine. 

“Au Maroc, ce sont les associations de parents d’enfants souffrant de handicaps qui prennent en charge la question. Et ils font un travail formidable qui malheureusement reste insuffisant”, poursuit M. Berraoui évoquant par ailleurs l’expérience, en matière de politiques publiques nationales, des CLIS, (classes pour l’inclusion scolaire) qui restent peu nombreuses de par le Maroc et faiblement inclusives dans la mesure où les enfants souffrant de handicap sont confinés entre eux dans des classes ressemblant à des ghettos, alors qu’ils devraient être accueillis sur les mêmes bancs que les enfants dits normaux. 

Ainsi, le chemin pour réaliser des avancées au niveau des politiques publiques est long et nécessite d’abord de changer le regard que la société porte sur les personnes à besoins spécifiques. Dans ce sens, M. Berraoui raconte, pour l'anecdote, comment un directeur d’une école à Casablanca à El Fida était disposé à accueillir des enfants “différents” au sein de son école, mais s’est retrouvé confronté à la protestation de parents d'élèves dits “normaux” refusant une telle “mixité”.

C’est dire que pour le cas de Yasmine et ses parents, le combat a été long, semé d'embûches et de préjugés.

Ainsi, si Yasmine est devenue l'élève brillante qu'elle est actuellement, c'est grâce à son courage, son goût de l’effort, sa force de conviction, mais aussi au fait qu'elle faisait l'objet, dès sa tendre enfance, d'une attention parentale toute particulière. 

“A sa naissance, les médecins nous ont affirmé que notre fille ne sera jamais comme les autres, qu'elle n'aura pas les mêmes aptitudes que les enfants de son âge, etc. Mais nous n'avons pas baissé les bras. Nous nous sommes battus pour assurer à Yasmine une scolarité normale. À coup de sessions d'éducation psychomotrice, d'appui psychologique, d'espoir et de foi, nous sommes parvenus, Dieu merci, à atténuer l'impact de cette infirmité sur elle, l’objectif étant l'intégration”, souligne Jamal Berraoui.