Trueno, le canon qui porte bien son nom

Rachid Mamouni
Rachid Mamouni @MAP

Dans l’enclave occupée de Sebta, un musée de l’histoire militaire abrite une pièce d’artillerie unique, un des derniers vestiges de la bataille de Oued Al Makhazine. En la contemplant, on est envahi par un torrent d’émotions dans lequel la fierté prend largement le dessus. Le récit que fait le préposé au musée, un ancien militaire espagnol, renforce ce
sentiment.
Il commence par dire que la pièce-maîtresse du musée est justement ce canon chargé d’histoire et témoin, toujours sous nos yeux, d’une époque glorieuse. Une époque où le Maroc attisait les convoitises de toutes les puissances que comptait le monde en cette période charnière.
Fait rare dans la littérature militaire, le canon porte un nom. Il s’appelle Trueno (Tonnère) et ce nom est loin d’être usurpé.
Il faisait partie de centaines d’autres pièces d’artillerie que les Portugais avaient ramenées sur le champ de bataille à Oued Al Makhazine sans se douter un instant que cette puissance de feu énorme à l’époque n’allait être d’aucun secours pour eux, face à l’armée saâdienne d’Abdelmlek et Ahmed Al Mansour, devenu Eddahbi après la bataille.
Le fait est que le canon, qui se trouve dans un excellent état de conservation, a été construit en 1553 dans un atelier de Hambourg, en Allemagne, à la demande de l'armée portugaise, au faîte de sa puissance à
l’époque.
Trueno était promis à une longue vie. Et il a eu une longue vie, mais pas aux mains des Portugais, car, après la bataille des Trois Rois et la débâcle des Portugais, il est resté propriété de l’armée marocaine pendant trois siècles, avant qu’il ne soit repris par l’armée espagnole lors de l’occupation de Tétouan
en 1860.
Au mois d’août 2019 pendant lequel les Marocains ont commémoré la bataille des Trois Rois (4 août 1578), Trueno arrive jusqu’à nous pour nous remémorer cette épopée glorieuse qui avait freiné pour plusieurs siècles les appétits voraces des puissances européennes et créé chez les Portugais l’un des mythes les plus coriaces: le sebastianisme (du nom de leur roi disparu Sebastien sur le champ de la bataille). Ils étaient tellement sonnés par la déroute dans les faubourgs de Ksar El Kebir qu’ils ont refusé d’y croire, jusqu’à présent d’ailleurs, selon la légende. Mais Trueno est toujours là pour le leur rappeler.

Étiquettes