Un chirurgien esthétique vulgarisateur

Par Amine Harmach
Hassan tazi ©DR
Hassan tazi ©DR
Plus qu’un chirurgien esthétique, docteur El Hassan Tazi est devenu au fil du temps un véritable personnage public qui évolue avec aisance dans le paysage médiatique national mais aussi dans le monde digital. Ses initiatives nombreuses suscitent l'admiration d'une grande partie de ses fans, mais aussi la suspicion et la controverse chez ses détracteurs.

Son audio de près de 20 minutes est devenu viral sur les platformes de messagerie instantanée en pleine crise du coronavirus au Maroc.

Sa voix tremblante qui laisse facilement trahir son émotivité, son “R” roulé à l’accent fassi et son verbe ferme mais accessible sont reconnaissables entre tous.

Même si cela ne semble pas relever de sa spécialité, Docteur El Hassan Tazi parle avec aisance du virus Covid-19 et de la gestion marocaine de la pandémie sur le même ton professoral d'un Dr Didier Raoult, épidémiologiste qui a suscité la polémique partout dans le monde en défendant son traitement à l’hydroxychloroquine.

Sur le sujet, Tazi revendique lui aussi sa légitimité. Il se base sur l'expérience de l’une de ses quatre cliniques qu’il a transformée, avec l’aval des autorités sanitaires, en unité spéciale Covid-19 et où avaient été traités pas moins de 90 cas, tous sortis indemnes.

Quand je peux apporter quelque chose, ce serait injuste de rester les bras croisés”, est-il convaincu. Il relève aussi avoir à son actif une étude épidémiologique publiée à ses débuts en médecine, lui qui a décroché son doctorat en 1984, sur le cancer du sein.

C’est ainsi que notre chirurgien plastique qui détient plus de cent certifications dans son domaine, notamment aux Etats-Unis et en France où il a suivi la majeure partie de ses études en chirurgie esthétique et réparatrice, est devenu au fil du temps une véritable personnalité publique.

 

Un bon client pour les journalistes

Ainsi, il n'hésite pas à écumer les plateaux de télévision, les émissions radio et “se livrer au jeu” des médias électroniques à grande audience ou programmes populaires.

Un bon client pour les journalistes et animateurs en quête d’audience et de sensation. Spontané, toujours prêt à répondre à toutes les questions, y compris les plus intimes. Tout ce qu’aime un grand public assoiffé des moindres détails sur les célébrités qu’il suit. Télégénique avec son sourire rehaussé par sa fossette au menton et ses facettes dentaires (Hollywood Smile).“Dieu est beau et aime la beauté”, dit sans complexe ce sexagénaire, père de quatre enfants, allant jusqu’à confier lors de l’une de ses nombreuses apparitions médiatiques avoir mené sur son propre corps une opération de liposuccion. Sans parler des innombrables interventions qu’il a assurées au profit de ses proches, son épouse, sa mère, etc.

Mais quel est le secret du succès de cette personnalité ? Pourquoi aime-t-elle tant les projecteurs ? Est-ce par souci commercial, pour s’attirer un maximum de clients ? Ou est-ce parce que ce natif d’Oujda est le cadet d’une fratrie de onze personnes? Ou est-ce parce qu’il a en son for intérieur un message à transmettre, une mission à accomplir ?

Qu’importe, Dr Tazi use de tous les moyens en sa possession pour atteindre son/ses objectif(s).

Son arme fatale? Une communication digne d’un “spin doctor”. En atteste sa remarquable présence dans les réseaux sociaux. Rien n'est laissé au hasard.

Pour trouver un seul commentaire négatif à son encontre dans l’espace bleu ou sur YouTube, il faut se lever très tôt, tellement il vérrouille sa communication et veille au grain.

Dr Tazi se targue de n’avoir que 1% de dislikes parmi les millions de commentaires qui pleuvent sur ses pages sur les réseaux sociaux ©DR
Dr Tazi se targue de n’avoir que 1% de dislikes parmi les millions de commentaires qui pleuvent sur ses pages sur les réseaux sociaux ©DR

Lui-même, endossant la casquette de “community manager”, se targue de n’avoir que 1% de dislikes parmi les millions de commentaires qui pleuvent sur ces pages officielles régulièrement imitées par des usurpateurs avant d’être signalées puis supprimées.

Ses lives drainent des milliers d’internautes de toutes nationalités, une trentaine dit-il (80% de sa clientelle vient de l’étranger). Dans ses lives, tantôt accompagné de sa femme, son bras droit, tantôt en solo, il explique ses interventions chirurgicales ou répond aux questions de ses fans. Il va même jusqu’à transmettre régulièrement en temps réel ses opérations esthétiques de A à Z, quitte à ce que ces vidéos soient habillées d'un écran noir par Facebook pour ne pas heurter les sensibilités, bien qu'elles soient suivies aussi bien par des médecins et étudiants que par de futurs clients.

 

Une bienfaisance intéressée ?

Par ailleurs, ses vidéos le montrant sur le terrain sensibilisant les gens aux gestes barrières contre le coronavirus trouvent également l’adhésion. Ou avant le confinement, ses campagnes pour lutter contre le “tcharmil”, véritable fléau qui défigure jeunes femmes et hommes qui finissent dans son cabinet, ne laissent pas indifférent. Au même titre que ses interventions -médiatisées ou pas- pour améliorer la vie de personnes souffrant d’obésité, ou d’autres déformations.

Autant d’actions, initiatives citoyennes ou de solidarité qui font écho dans l’opinion publique, mais derrière lesquelles, il trouvera toujours quelqu’un qui soupçonnera des actes intéressés.

Si vous voulez que quelque chose vous appartienne, ne le gardez pas pour vous! C’est ce que m’ont appris mes maîtres sprituels”, affirme-t-il, dévoilant là encore son adhésion à la Tariqa Boutchichia, confrérie soufie parmi les plus actives au Maroc. Une appartenance qu’il affiche à chacune de ses apparitions médiatiques. “Je pars de la conviction que je n’ai pas le droit de taire aux gens toute chose qui me semble bénéfique”, se justifie-t-il, soulignant que la spiritualité fait partie intégrante de son hygiène de vie. Voilà comment il est devenu populaire chez une large frange de Marocains, toutes classes confondues, et pas seulement celles qui, à première vue, ont les moyens de s’offrir le luxe d’une rhinoplastie, d’une liposuccion, d’un implant mammaire ou d’un lifting… Au point que le nom de Tazi est devenu indissociable de la chirurgie esthétique. Est-ce une stratégie ?

“Je ne cible pas une catégorie donnée, mais le large public. Parce que dès qu'on vise une certaine élite, on vire dans la Com' commerciale. Et ce n'est pas ce à quoi je tends”, explique-t-il. 

Pragmatique et moderne, Dr Tazi dit qu’il s’inscrit dans la réalité de son époque ©DR
Pragmatique et moderne, Dr Tazi dit qu’il s’inscrit dans la réalité de son époque ©DR

Dans ce sens, il avoue que la culture du corps a changé au Maroc et que désormais, la beauté est devenue une valeur ajoutée, une nécessité sociale, conjugale et même professionnelle, dit-il. Un diktat du corps féminin parfait, diront certains. Lui, pragmatique et moderne dirait qu’il s’inscrit dans la réalité de son époque, le tout dans le respect des lois du pays, mais aussi celles de la nature en constante quête d’harmonie. Une chose est sûre, il a réussi à vulgariser sa discipline et la rendre accessible au peuple. La popularité de docteur Tazi est telle que la tentation de l'exploiter à des fins politiques lui traverse l’esprit. À cette question posée par BAB, docteur Tazi ne ferme pas la porte: “je fais la politique chaque jour en tentant de faire du mieux que je peux. Les gens ont besoin qu’on les écoute, qu’on descende sur le terrain. Ils ne demandent pas qu’on leur promette monts et merveilles, mais seulement qu’on partage avec eux ce dont on dispose. Si j’étais politique, c’est ce que je ferai”. 

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