Aller au contenu principal

Un couscous ivoirien ‘‘naturalisé’’ chinois

Par Otmane El Mibrak
L’“Attiéké” ©MAP/EPA
L’“Attiéké” ©MAP/EPA
Mets emblématique en Côte d’Ivoire, l’attiéké connaît un grand succès à l’étranger, bien qu’il soit toujours peu industrialisé. Processus de fabrication de ce mets, son mode de commercialisation et la concurrence chinoise qui le menace en éclairage.

Au goût légèrement acide et exhalant une odeur typiquement franche, l’attiéké, un couscous à base de manioc, est le mets patenté de la cuisine ivoirienne. Des simples maquis aux restaurants les mieux côtés, il est servi en accompagnement de toute sorte de plats et mets et à toutes les occasions et fêtes.
Spécialité culinaire de certains peuples et communautés lagunaires du sud ivoirien, l’attiéké est originellement le plus souvent produit par des femmes villageoises, après de longues journées de labeur.
En effet, le processus de sa production est loin d’être une sinécure. A la base, le manioc est épluché, broyé et mélangé à du manioc déjà fermenté. Par la suite, la pâte ainsi obtenue est soumise de nouveau à la fermentation pendant deux jours au maximum. Au bout de cette fermentation en boucle qui permet d’éliminer l’acide cyanhydrique que contient naturellement le manioc, la pâte est essorée, tamisée, séchée et vannée avant d’être cuite à la vapeur. Après quelques minutes de cuisson, l’attiéké est prêt à être consommé.
Produite généralement au niveau des zones côtières, cette semoule prisée des Ivoiriens se consomme sous plusieurs formes, dont la variante la plus célèbre est l’attiéké avec poisson ou poulet braisé (grillé).
Une autre dérivée de ce couscous ivoirien est l’attiéké à l’huile rouge avec sauce tomate.
L’attiéké peut également être consommé avec des œufs en omelette. Ce repas est le plus souvent accompagné d’un mélange d’oignons et de tomates aromatisés avec des épices et du vinaigre. L’attiéké s’accompagne aussi parfois de fruits exotiques comme l’avocat ou la papaye et parfois même de graines d’arachides savamment grillées.

Un produit peu industrialisé qui s’exporte bien
L’attiéké connaît non seulement le succès en Côte d’Ivoire mais il est aussi exporté sous forme déshydratée vers les pays européens et sous forme de boules, sa présentation locale habituelle, vers les pays riverains de la sous-région francophone.
A l’instar du tandem café-cacao en Côte d’Ivoire, l’attiéké est un produit qui s’exporte de mieux en mieux. Cette semoule, étiquette culinaire de la terre d’Eburnie, a depuis bien longtemps traversé les frontières. Mais si ce mets national des Ivoiriens trouve toute son originalité dans le processus de sa production encore artisanal, son industrialisation reste, pour autant, encore timide dans le pays pour plusieurs raisons, particulièrement le nombre plutôt limité des usines de production et de la facture salée que coûte l’acquisition du matériel de production moderne. Toutefois, des unités industrielles existent dans le pays mais leur nombre s’accommode mal de l’énorme potentiel que recèle cette filière. Il faut compter ainsi, selon les estimations d’experts agronomes, 50 à 60 millions Fcfa (entre 75.000 et 90.000 euros) pour installer une unité de production complète, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde, notamment les femmes qui en ont fait un gagne-pain.
Entre-temps, conscient de la concurrence qui prend place en matière de production et de commercialisation de ce produit à l’international, le gouvernement ivoirien avait décidé, fin 2016, d’engager les procédures en vue de la protection internationale de l’appellation “attiéké”. Une sorte de riposte à l’attiéké chinois qui a commencé depuis un bout de temps à ravir les marchés africain et international, l’empire du milieu s’étant lancé dans la culture du manioc et dans la production à grande échelle de ce couscous ivoirien … désormais “made in China”.

Étiquettes