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Un karatéka marocain à la conquête de l'Amérique

Par Farouk El Alami
Driss El Mannani, un karatéka marocain qui honore son pays là où il met les pieds ©DR
Driss El Mannani, un karatéka marocain qui honore son pays là où il met les pieds ©DR
À l'âge de 38 ans seulement, le karatéka marocain, Driss El Mannani, aura fait un parcours exceptionnel en remportant plusieurs médailles dans trois continents différents, l'Afrique, l'Europe et l'Amérique. Il vient de débarquer à Chicago en quête de nouveaux titres, de nouvelles aventures et de nouveaux défis.

Fin 2018, un jeune homme débarque à Chicago, attiré par l’un des plus prestigieux dojo de karaté des États-Unis, Fonseca, avec un seul objectif en tête, les Jeux olympiques de Tokyo 2020. Cet homme n’est autre que Driss El Mannani, et il n’est pas là par hasard.
A 38 ans, ce sextuple champion du Maroc et quadruple champion arabe de karaté renferme à lui tout seul tout un pan de l’histoire de cette discipline hautement prisée par la jeunesse marocaine.
A six ans, Driss rejoint le club “Assadaqa” de karaté du quartier Lido, à Fès. Placé entre les bonnes mains de celui auquel il se réfère toujours comme “mon vénérable coach Ahmed Zehnouni”, Driss est initié à trois principes fondamentaux qui le suivront toute sa vie, “le respect, la patience et la rigueur”.
Dix ans plus tard, à 16 ans, le voilà qui remporte son premier titre majeur, le championnat national de karaté, un trophée qu’il décrochera à six reprises. Suivront quatre titres aux Championnats arabes en 2000 et 2001, une médaille de bronze aux Jeux méditerranéens de Tunisie en 2001, la Coupe internationale Mohammed VI de karaté et une 5ème place aux Championnats du monde senior de 2002.
“Fin 2002, alors que j’étais en vacances en Espagne, je me suis entraîné dans un club et on m’a proposé un contrat pour travailler comme coach”, raconte-t-il à BAB. “En 2003, j’ai commencé ma carrière d’entraîneur dans la région de Castille-et-Leon en Espagne où je suis resté jusqu’en 2010”.

Un coach international

Au cours de son passage ibérique, deux espagnoles ont été sacrées championnes d’Europe sous la tutelle du karatéka marocain, alors qu’un autre garçon a été titré champion d’Europe et vice-champion du monde.
Sa réussite comme coach en Espagne l’a irrémédiablement conduit vers la sélection nationale marocaine de karaté, qu’il rejoindra en 2010. Entre cette année-là et 2016, Driss officiera comme coach et responsable des équipes nationales, et les résultats ne se font pas attendre.
“Avec la sélection nationale, nous avons remporté de nombreux titres, dont le Championnat d’Afrique, le Championnat arabe, les Jeux méditerranéens, le Championnat du monde avec une médaille d’or pour Achraf Ouchen en 2015 et deux médailles d’argent pour Khaoula Ouhmad et Sekouri Yassine”, rappelle-t-il, ajoutant que ces performances ont également permis à Achraf Ouchen et Khaoula Ouhmad d’être désignés meilleurs karatékas de l’année pour les moins de 21 ans, ce qui leur a valu un Wissam Royal.
La clé de cette réussite, El Mannani l’explique par la politique prônée par la sélection marocaine et qui est basée exclusivement sur la méritocratie. “Immédiatement après les championnats du monde de 2016, où Achraf Ouchen a atteint la finale pour décrocher la médaille d’argent, devenant le plus jeune athlète de la discipline à réaliser cet exploit, j’ai reçu plusieurs offres internationales”, poursuit Driss, qui acceptera finalement la proposition du Chili. “Ce projet correspond le plus à ce que je recherchais à l’époque”, dit-il.

Un karatéka sacré dans trois continents

Son passage par l’hémisphère sud s’avérera concluant puisque, au terme de ses deux ans au Chili, El Mannani deviendra le seul entraîneur de la discipline de karaté dans le monde à remporter des médailles dans trois continents différents.
“En 2017, nous avons obtenu la médaille d’argent en Espagne, à Tenerife, qui fut la première médaille de l’histoire du karaté au Chili pour les moins de 21 ans, décrochée par Benjamin Nunes (+70kg)”, fait-il observer.
Ce n’est pas tout, puisqu’en 2018, dans la catégorie senior, le Chili a obtenu une médaille de bronze (-67kg), la deuxième de l’histoire du pays.
“Seules deux sélections d’Amérique latine ont remporté des médailles lors des championnats du monde, à savoir le Brésil et le Chili”, se remémore fièrement El Mannani.
Ces multiples succès n’ont pas manqué de taper dans l’œil de nombreux pays européens et américains, laissant Driss dans l’embarras du choix quant à sa prochaine destination comme entraîneur.
Après de mûres réflexions, il se décide à accepter l’offre de Fonseca, un dojo fondé par la triple championne mondiale de karaté, Elisa Au Fonseca.
“La raison pour laquelle j’ai accepté cette offre c’est que le dojo a des objectifs très ambitieux, car nous visons les Jeux olympiques de Tokyo 2020”, explique-t-il, notant que de nombreux athlètes internationaux viennent s’entraîner pour des stages de deux semaines ou un mois à Chicago, attirés par la réputation du club et la qualité de ses coaches. Une nouvelle aventure qui commence donc pour cet athlète au talent indéniable qui a su devenir, partout où l’a mené son art, symbole de l’excellence marocaine de par le monde. “Que ce soit au Chili, en Espagne ou ailleurs, mon seul objectif est de représenter le Maroc”, confie-t-il.

 

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