Une Marocaine parmi les astronautes de la NASA

Par Noureddine Hassani
Rihab Sadik ©DR
Rihab Sadik ©DR
A chaque retransmission directe d'une mission spatiale habitée, impossible de ne pas repérer une jeune brune, les yeux rivés sur son écran, juste derrière le responsable du Centre de contrôle de missions (MCC) qui communique depuis la terre avec les astronautes en orbite.

À 27 ans, la Marocaine Rihab Sadik a toujours les pieds sur terre, mais les yeux constamment rivés sur l’espace. Cette ingénieure biomédicale (BME) veille, à distance, depuis le Centre spatial Lyndon Johnson à Houston, Texas, sur la santé et la sécurité des astronautes en mission à la Station Spatiale Internationale (ISS).
Les images de la Nasa TV la montrent scrutant sur sa console d’écran les indicateurs de santé et d'activité physique des astronautes, une mission qui devient beaucoup plus compliquée lorsque ces derniers sortent de l'habitacle pour un “spacewalk” pour réparer ou rénover la station de l'extérieur, comme en ce jour du 08 avril.
Ce jour-là, l’astronaute américaine Anne McClain et son collègue canadien David Saint-Jacques avaient pour mission de mettre à niveau le système de communication sans fil de l’engin spatial et la connexion de câbles d’appoint pour le bras robotique construit au Canada “Canadarm2”, en vue de lui donner une source d’alimentation de rechange.
Ils devaient également installer des câbles pour offrir une couverture de communications sans fil plus étendue en dehors du complexe orbital, ainsi que des capacités de réseau informatique câblées améliorées.
En tant que Biomedical Flight Controler, Rihab Sadik fait partie d’une équipe d’ingénieurs biomédicaux (BME) qui se relayent pour surveiller la santé et l’activité physique des membres d’équipage en mission en orbite, grâce au matériel et aux logiciels installés à bord de l’ISS et au MCC de Houston.

Un ange bienveillant

“Nous veillons à la santé et à la sécurité des équipages pendant toutes les phases du vol spatial”, a expliqué à BAB la jeune marocaine, notant que l’équipe BME assure la liaison directe entre l’équipage et le matériel et logiciels des systèmes de santé des équipages (CHeCS) et fournit un soutien médical 24 heures sur 24 aux astronautes.
Le jour de la sortie dans l’espace, la mission doit durer plusieurs heures. Rihab est à son poste dès 05 heures du matin. Tout comme les autres membres du personnel de MCC, elle doit s’assurer que tout est en ordre pour un bon déroulement du spacewalk.
“Le vol spatial a toujours été et sera toujours une activité risquée. Lors d'une sortie dans l'espace, les membres de l'équipage sont protégés du rude environnement de l'espace grâce à leurs combinaisons spatiales”, explique Rihab, précisant que plusieurs systèmes intégrés dans la combinaison permettent aux contrôleurs de vol BME et au médecin de vol au sol de suivre en temps réel des indicateurs comme le taux d’oxygène, le pouls, la température, etc.
Le contrôleur de vol BME collabore étroitement avec le médecin de vol (flight surgeon) de chaque astronaute et leur fournit du soutien matériel/logiciel en cas de problème médical, une mission qui convient parfaitement à “l’esprit critique” de la jeune marocaine qui aime “la résolution des problèmes” à travers le travail d’équipe.

Un job, un “privilège“

Rihab est consciente du “privilège” et de “l’honneur” que lui procure le travail au centre spatial de la NASA. “Quoi de plus motivant que d’être entourée des personnes les plus brillantes de la planète”, relève-t-elle avec enthousiasme.
“Chaque fois que je suis devant la console, mon appréciation du contrôle de mission des vols habités augmente. Notre façon de nous entraider et de soutenir l’équipage n’a rien d’égal dans tout ce que j’ai fait jusqu’ici”, confie cette native de Casablanca qui a quitté le Maroc à l'âge de 9 ans pour s'installer avec ses parents aux États-Unis.

Au New Jersey, où elle a grandi dans une famille qui accorde une grande importance à l’éducation, Rihab avoue avoir été intriguée par l’astronomie dès son enfance après avoir vu un film sur l’espace.
Plus tard, elle a caressé le rêve de devenir neurologue, mais quand elle a choisi un parcours d’ingénierie biomédicale à l'Université Rutgers (New Brunswick), comme tremplin pour poursuivre une carrière en médecine, sa passion pour l’ingénierie a grandi.
Avant d’obtenir son diplôme de Bachelor, sa passion d’enfance allait prendre les devants lorsqu’elle découvre l’existence d’un cours sur les applications biomédicales pour l’espace qui était, pourtant, destiné aux étudiants de doctorat. Curieuse et mue par le défi, elle convainc son professeur de l’y inscrire.
Ce cours allait lui ouvrir les portes de la Nasa, grâce d’abord à un stage au Centre spatial Lyndon Johnson, durant lequel elle entend parler de l'équipe BME. Excitée par les vols spatiaux habités et par les promesses qu'ils offrent aux futures générations d'explorateurs, elle décide d’y postuler, avant d’être recrutée en novembre 2016 dans son poste actuel par KBR Wyle, un sous-traitant de la Nasa.

“L'apprentissage ne s'arrête jamais”

“Je serai toujours reconnaissante pour la chance que KBR WYLE m’a offerte de faire partie de cette équipe qui me permet d’apprendre quelque chose de nouveau chaque jour”, affirme-t-elle.
“La nature unique des vols spatiaux habités offre chaque jour de nouveaux défis qui me permettent de continuer à grandir et à apprendre de nouvelles choses”. Et comme “l'apprentissage ne s'arrête jamais”, elle espère un jour avoir du temps pour atteindre son objectif d’obtenir un Master en ingénierie, qu’elle a dû retarder.
Tout comme des milliers d’enfants marocains ayant un potentiel dans les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), Rihab Sadik ne pensait pas qu’un jour sa passion allait l’emmener à la Nasa.
Son conseil à toutes ces jeunes filles et garçons intéressés par une carrière dans les STEM est d'aiguiser leur curiosité en se posant toutes sortes de questions. “Cette curiosité permettra aux jeunes de creuser plus profondément et d'apprendre comment les choses fonctionnent de l'intérieur”, a-t-elle assuré.
“Avec une bonne autodiscipline, de la persévérance et de la passion, vous excellerez dans le domaine de votre choix. Et surtout, ne laissez jamais personne vous dire que vos objectifs sont trop élevés pour que vous puissiez les atteindre. Vous êtes le seul à pouvoir décider jusqu'où vous pouvez aller”, conclut-elle en guise de conseil aux jeunes.

 

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