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Une oeuvre d’art à la vie courte !

Par Idriss Tekki
Une oeuvre du sculpteur David Santana inspirée du film “Planète des singes”  ©MAP
Une oeuvre du sculpteur David Santana inspirée du film “Planète des singes” ©MAP
Elles ne résistent malheureusement que quelques jours, mais elles sont suffisamment belles pour s’éterniser dans la mémoire de ceux qui ont eu l’occasion de les méditer. Ci-après une petite histoire de deux sculpteurs de sable à Las Palmas.

Des artistes en herbe captivent les regards des estivants, touristes et visiteurs de la plage des Las Canteras à Las Palmas de Grande Canarie. Des œuvres d’art y sont exposées en plein air. Entre celles qui sont achevées et celles en cours, le public a tout le droit d’admirer ces créations et de prendre des photos. Ce sont des sculpteurs de sable. Armés rien de plus que de truelles, de pèles et de tuyaux d’eau pour arroser les amas afin de les rendre plus fermes, des jeunes talentueux défient les lois de la nature pour transformer des tonnes de sable en œuvres d’art grandioses.
Ces créateurs sont l’incarnation et l’expression la plus éloquente de la générosité, étant donné que leurs œuvres sont condamnées à disparaître et à retrouver la forme initiale de sable dans peu de jours, quoiqu’elles peuvent être aussi immortalisées par la photographie d’un touriste ou d’un passant, mais pas autrement.
Il ne s’agit absolument pas d’une tâche facile car de la conception du projet à sa finalisation, cela peut prendre jusqu’à trois mois de travail.

L’eau, le sable et la colle
David Santana, 32 ans, originaire de Las Palmas, affirme avoir été initié à cet art par un ami. Il se considère un novice et un intrus dans un domaine, dans lequel il s’est aventuré il y a à peine un mois. Toutefois, sa sculpture représentant quatre singes dans différentes positions dénote d’une grande habileté.
Estimant qu’on n’apprend jamais à être artiste, puisqu’il il s’agit d’un don inné, il affirme que ce don divin a besoin d’être amélioré, aiguisé et raffiné par la recherche, en côtoyant les artistes et en étudiant les courants artistiques dans une quête permanente de soi.
Après une première œuvre mettant en avant la civilisation Maya, il s’est décidé lui et son ami à sculpter des singes, inspirés du film américain à grand succès “La Planète des singes”.
La réalisation de cette sculpture lui a pris huit jours avec le concours de son ami, explique-t-il, notant qu’outre l’eau et le sable, il fait usage de la colle pour donner plus de résistance à sa création. Selon lui, une œuvre peut durer entre deux semaines et deux mois. Tout dépend des heures investies dans son entretien.
Une fois ayant investi ce domaine, Eduardo ne pense pas chercher son gagne-pain ailleurs, relève le jeune artiste.

Des oeuvres du sculpteur Freddy Suarès représentant différents objets ©MAP
Des oeuvres du sculpteur Freddy Suarès représentant différents objets ©MAP

L’autorisation, l’étape la plus dure!
Pour sa part, Freddy Suarès, issu d’une petite localité canarienne, est un artiste consacré. Menuisier de profession et titulaire d’un diplôme de paysagiste, il recèle une âme créative, car outre la sculpture, il est musicien et joue notamment la guitare et la percussion.
Avec sa compagne Enylu, de nationalité vénézuélienne, il affirme avoir bataillé pendant plus de trois ans pour avoir les autorisations nécessaires des autorités de Las Palmas lui permettant de travailler sur la plage et donner ainsi libre cours à son imagination.
Sa fascination pour le sable et les formes l’anime depuis sa tendre enfance quand il accompagnait son père à la plage et jouait à construire des châteaux de sable.
“C’est tout simplement un retour à cette enfance lointaine”, raconte l’artiste avec nostalgie. “Ce que je fais puise dans toutes mes connaissances et mes expériences en menuiserie, jardinage et en musique, ça représente ce que je suis”, explique Eddy. Toute cette complexité se voit dans le projet sur lequel il planche depuis près de deux semaines. On y voit un piano, des pyramides, un taille-crayon, un dictionnaire et une personne en situation de handicap sur fauteuil roulant, entre autres sculptures.
D’une détermination de plomb, il a dû mener une bataille de 3 ans pour avoir les autorisations de la municipalité et 3 mois de souffrance, relate-t-il. “Ça fait trois mois que je travaille gratuitement et maintenant, je commence à récolter le fruit de mon travail grâce à la générosité des gens’’, dit-il, faisant observer qu’en dépit de l’effort physique et mental que requiert cet art, la satisfaction de voir l’œuvre finalisée et l’émerveillement des gens prennent le dessus sur la fatigue et le stress.
Dans un élan de générosité, il se dit ouvert à la possibilité d’initier d’autres personnes aux secrets de cet art.

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