Vade retro Satanas

Khalil Hachimi Idrissi

La visite du Souverain pontife au Royaume du Maroc n’est pas le fruit du hasard. Le Pape, le référent temporel absolu de l'Église catholique, savait qu’il allait au-devant d’une culture marocaine ancestrale, d’une monarchie légitime multiséculaire et d’un Islam singulier, ouvert et civilisé.
La civilisation marocaine par un syncrétisme naturel adopte, assimile et féconde tous les apports depuis des siècles, et fait en sorte, par couches successives, que ces apports deviennent un substrat essentiel à son rayonnement. Une inclusion humaine de nature géologique que permet une terre heureuse nourrie par des eaux bénies.
Le Roi du Maroc, SM le Roi Mohammed VI, à la tête d’une monarchie aux racines multiséculaires en est aussi le Commandeur des croyants, Amir Al Mouminine. Ce leadership temporel et spirituel dote le Maroc d’institutions religieuses remarquables et singulières dans le monde. La Commanderie des croyants au Maroc, outre qu’elle donne la pérennité à un Islam ouvert, respectueux des différences et chantre de la coexistence, permet à chacun — c’est-à-dire à tous les croyants — d’exercer son culte dans la paix.
L’Islam au Maroc est sunnite de rite malékite. Dans la tradition musulmane, il est plutôt rigoriste. D’une piété et d’une ferveur sensible mais appuyée à une solide culture soufie. Cela donne sur les terres marocaines un Islam ayant permis des syncrétismes qui permettent un vivre-ensemble et une coexistence culturelle souvent donnés comme modèle civilisationnel.  
C’est dans ce cadre que le Pape François a inscrit son voyage au Maroc. Lui qui représente aujourd’hui une Église recevant les coups de boutoirs de la modernité, marquée par une raréfaction de la vocation, travaillée par des questions morales ou sociétales non-résolues, et — tout comme l’Islam — bousculée par les radicalités et leur cohorte de violences, les replis identitaires et la recrudescence des haines notamment intercommunautaires.
Que le Commandeur des croyants et le Pape unifient leurs forces spirituelles pour faire reculer Satan — Vade retro Satanas — est une très bonne nouvelle. Qu’ils fassent tous les deux l’apologie du dialogue, de l’entente et de la coexistence sereine est une très bonne chose pour une humanité en plein désarroi. Un des exemples de cette démarche vertueuse est l’Appel d’Al Qods. Une ville, appartenant à l’humanité dans son entièreté, en proie, depuis longtemps, à un égoïsme guerrier qui plonge les communautés dans la peur et l’effroi.