‘‘Winners, l'ultra de celui qui veut être’’

Par Adil Chadli
©MAP/Omar Almourchid
©MAP/Omar Almourchid
Dans cet entretien à “BAB Magazine”, le journaliste, sociologue et responsable de la filière Sciences politiques & Gouvernance à l’Université Mundiapolis, Abderrahim Bourkia, nous livre son analyse de l'ultra “Winners” en tant que mouvement social actif et militant.

BAB: Que pensez-vous de l'ultra des “Winners” en tant phénomène social ?

Abderrahim Bourkia: Le groupe “Winners” se présente comme une organisation de supporters et un espace de socialisation et d’encadrement de jeunes soudés par l’amour inconditionnel du club du Wydad. L'inscription au sein d’un groupe de supporters permettrait à ces jeunes de créer leur propre mode de vie et de s’approprier des valeurs et une identité collective face aux autres. Certains peuvent voir ce mouvement social comme naïf et dépolitisé alors que les chants, les banderoles et les “tifos” affichent des messages sociaux clairs liés au chômage, à la pauvreté, à l’exclusion, au mépris et à l’incompréhension qui guettent le jeune marocain qui veut “devenir quelqu’un”.

Comment analysez-vous le mode d'expression des “Winners” ?

Ce mode d’expression est typique chez les ultras où chaque groupe cherche à se démarquer et à se distinguer des autres. Les “Winners” ont bien réussi leur coup, si vous faites allusion à leur réalisation lors du match face à l'Olympique Khouribga, et le message déployé en paraphrasant la réplique du défunt Roi Hassan II: “le Maroc est dans son Sahara et le Sahara est dans son Maroc”. En substance, ce qui ressort de ce message est la dimension spectaculaire d’une mobilisation “politique” pour défendre l’intégrité territoriale et la marocanité du Sahara.

Pourquoi ce groupe a-t-il choisi un chemin différent des autres ultras ?

En principe, les membres des groupes ultras construisent leur image de soi à partir de leurs multiples appartenances, aspirations, cumuls d’expérience et vécus, proximités sociales et politiques. Le processus de fonctionnement peut différer d’un groupe à l'autre.
Ici, il s’agit d’examiner les attentes des “Winners”: comment sont-ils perçus par la scène des ultras ? Qu’est-ce qu’on pense et on pourrait penser d’eux ? Quelles sont les stratégies de légitimation et de quête de reconnaissance ? Je trouve courageux de lancer ce genre de messages et d'endosser les critiques des autres groupes qui vont les taxer de “ayacha” (béni-oui-oui) car c’est toujours “mal-vu” de faire des sorties bien prononcées. Certes, les “Winners” ont cherché à célébrer l’événement national et à gagner davantage en notoriété mais ils n’ont fait qu’exprimer l’opinion de la majorité des Marocains et “braver” les mauvaises langues. Ainsi, les “Winners” affirment l’idée que les supporters pourraient militer pour une cause au-delà du football et formuler des opinions politiques en utilisant les stades comme lieu d’expression légitime. Ils peuvent formuler des revendications politiques, socio-économiques et culturelles.

Qu'en est-il du militantisme des “Winners ”?

Le message des “Winners” peut être lu de la manière suivante: “On est des supporters Wydadis, on est des ultras mais on est avant tout des Marocains”. Cela n’enlève rien à leur partisanerie et militantisme ultra. Ce groupe partage de nombreux traits avec les autres “partis cadres”. Il constitue une organisation centralisée prenant un appui sur une cellule de base, du “spectateur-élécteur” au “supporter-militant” en passant par l’“amateur-symptahisant” et l’“abonné-adhérent”. Cela montre que les tribunes des stades présentent toute une gamme de mobilisation renvoyant au monde politique.

Abderrahim Bourkia accordant un entretien à BAB Magazine ©MAP/Omar Almourchid
Abderrahim Bourkia accordant un entretien à BAB Magazine ©MAP/Omar Almourchid

 

Étiquettes